<< Retour vers accueil >> Paysans du Xe au XVe >> Plestin au XXe siècle Période de l'après-guerre

         

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Révolution tech. & cult. 

Infrastructures

Polyculture-élevage

Economie, société

Dévalorisation culturelle

Années 60

Almanach 1955 paysan breton

Agriculture en 2008

     

   

Période de 

     

     

l'après-Guerre

   

   

Références  

La Bretagne au XXème siècle SKOL VREIZH Morlaix 1983.  L'Almanach 1955 du Paysan Breton Presses de l'Imprimerie Commerciale des Nouvelles de Rennes, Presse locale (Le Télégramme 17/2/08, 23/2/08).

   
   

      

 

    

    

 

   

Révolution technique et culturelle 

         

(1946 à la fin des années 60)

 

    

    

Le contexte de l'après-guerre est caractérisé par le souci de reconstruction de l'économie et de la modernisation de l'appareil productif. 

L'agriculture apparaît aussi comme une activité à moderniser.

     

En Bretagne, des mutations idéologiques profondes vont conduire à une remise en cause progressive de l'économie paysanne traditionnelle. 

On parle à l'époque du "réveil des campagnes", de la nécessité de "s'adapter à l'économie", "d'épouser son siècle"... Dans une région où l'Eglise a gardé une influence importante dans la société rurale, la J.A.C (Jeunesse Agricole Chrétienne) joue un rôle central en remettant en cause certaines valeurs traditionnelles au profit du progrès, de la compétence technique, de l'émancipation des jeunes... Par ailleurs, le C.E.L.I.B contribue lui aussi à promouvoir une idéologie moderniste dans l'agriculture, l'objectif étant de sortir la Bretagne "de son sous-développement agricole".

    

   

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Infrastructures

   

    

De grandes améliorations s'imposent. 

La Bretagne occupe la dernière place en France : en 1952, plus de 40% des ménages ruraux n'ont pas l'électricité, l'électrification complète ne sera achevée qu'en 1960.

En dehors de la lumière, l'électricité apporte de la puissance permettant en particulier de développer l'eau courante. En effet, l'eau ne manque pas dans les campagnes, les sources sont nombreuses. Les fermes s'équipent de pompes électriques autonomes qui permettent de distribuer l'eau courante (besoins domestiques, bêtes...). L'achat de moteurs autorise l'équipement en outils annexes (écrémage, barattage, concassage, broyage...). La clôture électrique fait son apparition, elle remplace le "paot saout". Le développement de l'activité laitière s'accompagne de l'achat de  trayeuses électriques. L'économie locale profite de ce renouvellement matériel : les revendeurs, les artisans...

   

    

L'amélioration des chemins ruraux (goudronnés) marque également cette époque d'après-guerre. Les besoins de se déplacer dans un certain confort augmentent au fur et à mesure du développement des nouveaux modes de travail et des échanges : tracteurs avec outils et remorques, camions, automobiles ; sans oublier le cyclomoteur à partir de 1955. 

   

Le remembrement est vu comme la solution au développement du machinisme agricole, le tracteur devenant un outil économique en tant que tel, rien de doit s'opposer à son passage et à celui des outils. Certaines régions sont durement touchées. Entre 1955 et 1960 la surface remembrée sur l'ensemble des 5 départements bretons avoisine les 100.000 hectares, dont près de la moitié dans le Morbihan. 10 ans plus tard, la surface est multipliée par 3... en 1990 elle atteint 1.442.000 hectares. 

NOTE : Malgré tout, contrairement à d'autres régions, le remembrement n'a jamais connu de véritable engouement pour cette forme d'aménagement rural très controversée. Depuis une vingtaine d'années, le remembrement a pratiquement cessé dans le Finistère et considérablement diminué dans les autres départements. Les intérêts économiques avancés par les pouvoirs publics n'ont convaincu qu'une minorité d'agriculteurs personnellement intéressés pour la plupart. Certains associations doutent des motivations réelles de telles opérations qui s'avèrent parfois coûteuses. Dans les centres de formation spécialisés, les élèves sont de plus en plus sensibilisés à ce problème. L'association "A l'Ecole des talus" ("Skol ar C'hleuzioù" de Pouldoran  apporte également sa contribution en organisant des chantiers bénévoles de construction de talus afin de favoriser l'infiltration des eaux dans le sol et la rétention de la terre arable, en réalisant des sorties pédagogiques bilingues. Les résultats sont là : à Cavan dans les Côtes d'Armor, 13 kms sur les 48 disparus ont été créés (voir aussi le site sosremembrement.com). 

     

     

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Intensification du système de polyculture-élevage

      

   

La période d'après guerre voit l'arrivée de tracteurs développés dans le cadre du Plan Marshall. Parallèlement, l'industrie européenne accroît ses capacités. 

C'est à partir de 1955 que les exploitants commencent vraiment à acheter des tracteurs. Les outils qui ont été développés dans le cadre de la traction animale au début du XXe siècle (faucheuses, charrues...),  puis améliorés (râteaux-faneurs, moissonneuses-lieuses dans les années 30) sont adaptés.

     

     

La première préoccupation des exploitants concerne l'herbe : comment la cultiver ? En produisant en quantité une herbe de bonne qualité, l'exploitant souhaite disposer de bonnes vaches laitières, d'où le problème de la sélection ... Ensuite vient la question des céréales...   

Après les tracteurs, les premières moissonneuses-batteuses font leur apparition vers 1955.

La diffusion des engrais intervient à partir de 1950 (l'utilisation des engrais phosphatés date des années 20). 

   

Si les progrès en agronomie permettent l'augmentation des rendements (céréales, fourrages, lait), ceux relatifs à la mécanique entraînent pour leur part une amélioration des conditions de travail, un gain de temps ce qui permet aux exploitants de se consacrer davantage aux productions animales. Ces dernières étaient jusque là relativement négligées et souvent confiées aux femmes. L'agriculture repose alors sur quelques productions clefs : lait, pommes de terre et légumes, porc et, dans une moindre mesure, la viande bovine.  

Les premières vaches frisonnes intègrent les cheptels. La collecte systématique du lait dans les fermes se généralise à partir de 1960 et c'est à cette époque que les trayeuses font leur apparition..

   

Dans les années 50, les agriculteurs maîtrisent directement l'évolution des techniques et en tirent profit hors de toute main-mise directe des industries agroalimentaires (peu développées en dehors de firmes lointaines fournissant engrais et machines). 

L'investissement n'est pas excessif,  l'endettement ne l'est pas non plus et bon nombre d'exploitants améliorent leurs revenus et leurs conditions de travail.

L'intensification fourragère et animale est classique : elle ne remet pas en cause le système polyculture-élevage ni les structures d'exploitation ; et est relativement généralisée car les progrès agronomiques sont adoptés par presque l'ensemble des exploitations (engrais, semences, insémination artificielle...). Quelques tendances à l'intensification sont toutefois perceptibles ponctuellement. Elles sont liées à la spéculation (accumulation de capital) sur de meilleurs rapports (aviculture, légumes). 

   

  La modernisation s'accompagne d'une diminution du nombre d'actifs, d'abord les ouvriers agricoles puis les aides familiaux. En dix ans, le nombre d'actifs diminue de 25 à 30%.

La solidarité entre exploitants s'adapte elle aussi : certains grands travaux demandent un regroupement des moyens (tracteurs et remorques en nombre suffisant pour la moisson). Cependant, l'individualisation constitue une tendance forte. Les repas pris en commun lors des grands travaux réunissent de moins en moins de personnes. 

 

Le calcul économique fait son entrée dans les exploitations : rentabilité, amortissement nécessité d'assurer des rentrées financières, productions marchandes plus intensives, pratique de l'emprunt et de l'endettement...

  

 

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Economie, société

 

     

Le commerce se densifie, l'épicerie se développe : pâtes, riz, fruits, viande rouge... deviennent accessibles.

   

A partir de 1955, l'équipement ménager suit naturellement la progression du réseau électrique : gazinières (les premiers réchauds à gaz datent des années 30), réfrigérateurs constituent les premiers achats.  Les ménages qui disposent de l'eau courante (au bourg, pompe autonome à la campagne) peuvent s'équiper d'une machine à laver. Les premiers postes de télévision arrivent timidement à partir de 1958.

L'équipement des ménages va se poursuivre de façon soutenue dans les années 1960. Le commerce local en profite de même que l'artisanat. En 1970, la télévision, le transistor qui va remplacer très le vieux poste à lampes, et dans une moindre mesure l'électrophone (le Teppaz et les microsillons 33 puis 45 tours) occupent déjà une place non négligeable dans l'équipement des ménages ruraux.

   

  

En parallèle, avec un décalage temporel d'une dizaine d'années, le besoin en confort amène les habitants à s'intéresser aux logements : rénovation des maisons existantes, agrandissement des fenêtres, installation de salles d'eau, de toilettes... Les exploitants les plus aisés construisent une maison neuve à proximité immédiate de la ferme. Le style néo-breton fait son apparition en périphérie des bourgs et dans les campagnes.  

   

Le développement du transport individuel (routes goudronnées, automobiles, motocyclettes, mobylettes) modifie la vie dans les campagnes. Le nombre des occasions de déplacement augmente.

Les accouchements commencent à se faire plus systématiquement en maternité (1955). 

Les premiers bals publics s'ouvrent dès 1950. 

Les noces se font de plus en plus souvent au restaurant (elles duraient 3 jours et rassemblaient de 200à 700 personnes au début du XXème siècle).

  

Le pourcentage d'élèves fréquentant l'école publique augmente. La généralisation de l'entrée en 6ème intervient au début des années 1960.

Autre fait, cette fois politique, le pourcentage des voix de gauche augmente régulièrement lors des élections.    

La pratique religieuse dominicale va se réduire avec le temps, elle passe de plus de 90% en 1950 à un chiffre autour de 75% au milieu des années 60. 

  

   

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Dévalorisation culturelle de la société paysanne

      

   

La pénétration de l'idéologie moderniste et la valorisation du progrès technique aboutissent à la dévalorisation de la culture paysanne.

  

La scolarisation est poussée, la langue bretonne est abandonnée, les objets de la culture urbaine et française sont adoptés. Dans les maisons, le formica remplace le meuble breton.

   

   Le port du costume et celui de la coiffe régressent significativement. Seules les cérémonies résistent encore un certain temps, notamment les pardons annuels consacrés aux saints locaux.

   

L'artisanat rural décline et certains métiers se raréfient (maréchal-ferrant) voire disparaissent (charrons, meuniers..). 

      

   

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Evolution de l'économie paysanne (années 60)

      

   

A la suite des progrès techniques des années 50, des problèmes économiques nouveaux émergent.

    

De nombreux agriculteurs se heurtent à l'exiguïté de leurs exploitation et souhaitent accéder à des surfaces plus rentables.

Les formules traditionnelles de mise en marché sont incapables de faire face à l'augmentation des productions et aux exigences de rationalisation commerciale.

Ce dernier aspect est particulièrement mis en évidence dans la région de Saint-Pol-de-Léon où les producteurs de légumes remettent en cause le marché traditionnel en 1957 jugé archaïque.

Plusieurs années de manifestations et d'actions vont suivre (occupation de la sous-préfecture de Morlaix, vente directe d'artichauts, barrages, manifestations à Paris). De Juin à Août 1961 les manifestations parties de la zone légumière du Léon s'étendent à la Bretagne (11-22 Juin) puis à toute la France (26-29 Juin).

Les producteurs imposent à l'ensemble des négociants-expéditeurs la formule de la vente publique aux enchères, le marché au cadran, à partir de 1962.

 

L'avènement de la Vème République en 1958, la convergence entre les revendications des exploitants (notamment les jeunes) et la volonté du pouvoir de restructurer l'économie française se concrétise par l'adoption des lois agricoles de 1960 (M. Debré) et de 1962 (M. Pisani).

Dans le même temps (janvier 1958), la CEE se met en place. 

Un courant moderniste issu de la J.A.C donne naissance à un nouveau syndicat, le C.N.J.A (Centre National des Jeunes Agriculteurs) qui conteste les positions jugées conservatrices de la F.N.S.E.A.

          

    Les lois agricoles marquent profondément l'agriculture bretonne.

La mise en place d'une nouvelle génération d'agriculteurs est clairement visée, les agriculteurs "excédentaires" devant se retirer peu à peu. L'I.V.D (Indemnité Viagère de Départ) est mise en place de façon à accélérer les départs à la retraite (et libérer des terres pour ceux qui restent). La S.M.I (Surface Minimum d'Installation, 15,4 Ha en Bretagne) empêche la reprise d'exploitation jugées non rentables. La SBAFER (Société Bretonne d'Aménagement Foncier et d'Etablissement Rural) rationalise le marché foncier (achat de parcelles avec éventuellement préemption  pour ensuite les rétrocéder). Les Groupements de producteurs contribuent à moderniser le marché.

   

Des mutations sans précédent interviennent au niveau des productions.

La première est le développement des productions animales "Hors Sol" i.e. extérieures au système de polyculture-élevage. En effet, la seule utilisation des ressources végétales de l'exploitation ne permet plus d'augmenter les productions laitières et bovines.  

Ce nouveau type de production est directement lié, pour l'alimentation, au secteur industriel. Il s'agit d'une véritable industrialisation qui prend la forme d'ateliers intensifs (en fait, cette évolution a démarré dès 1955 pour le secteur avicole). 

A partir de 1960, surtout après 1965, le secteur porcin passe de l'élevage artisanal au système industriel. L'alimentation classique : pommes de terre, betteraves, céréales, est abandonné au profit d'un approvisionnement généralement extérieur produit par des usines d'aliment pour bétail.

   Cette évolution est poussée par les fabricants d'aliments, les locaux tout d'abord puis des firmes extérieures.

La seconde est le rôle moteur joué par les industries agroalimentaires. Le capital privé local et régional se développe (opportunités nouvelles de croissance). Deux branches principales de l'industrie de l'alimentation animale et de l'industrie laitière se distinguent : les firmes multinationales pour la fabrication des aliments, les firmes françaises dans le domaine laitier.

Une conséquence directe est l'intégration de l'élevage hors sol, notamment avicole, dans un système où l'exploitation agricole n'est plus qu'un maillon dans la chaîne agroalimentaire. La réaction des producteurs consiste alors à s'organiser autour de coopératives. 

   

A l'issue des années 60, la société rurale est complètement transformée. 

L'économie paysanne a été dissoute (désintégration du système polyculture-élevage fondé sur l'autonomie et une logique interne) et remplacée par un système industriel fondée sur une logique de croissance intégrant des pôles extérieurs et des réseaux de dépendance.

L'encadrement social se laïcise : la présence de l'Eglise (cérémonies religieuses, écoles, patronages...) diminue et s'efface devant un encadrement de techniciens, conseillers, fonctionnaires... Le succès économique et la réussite individuelle constituent désormais un objectif principal. Une nouvelle élite agricole, considérée par le pouvoir politique comme un partenaire nécessaire, supplante la bourgeoisie rurale traditionnelle (propriétaires fonciers, commerçants, négociants ruraux).  

   

   

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L'almanach 1955 du paysan breton 

    

 

      

   

    L'almanach s'adresse aux foyers paysans en apportant des distractions, des conseils et des enseignements.

   

Il contient des articles sur l'élevage, l'insémination artificielle, la production et ses débouchés, la coopération, la mutualité et la législation sociale. Il comporte une étude complète des impôts agricoles.

Il offre aux ménagères et aux jeunes filles des recettes de cuisine et des modèles de tricot ; aux enfants, des jeux et des histoires pour rire...

L'almanach comporte de la publicité révélatrice des enjeux et préoccupations des années 50.

Enfin, il donne le calendrier des foires : à Plestin-les-Grèves, elles se tiennent le 3ème mercredi de Mai, le 1er mercredi de février, octobre et juillet ; le 12 novembre et le 29 décembre.

   

   

L'amélioration des conditions de la vie rurale en Bretagne. 

   

L'almanach fournit de larges extraits du rapport présenté au Comité d'Etudes et de Liaison des Intérêts Bretons (CELIB) par M. Riffaut Directeur de l'Ecole Nationale d'Agriculture de Rennes.

NOTE : la Loire-Inférieure fait partie de la Bretagne. 

   

Vie rurale et structures agraires : la voirie rurale et l'électrification constituent les point forts des actions à mener, des moyens considérables devant y être consacrés : 1500 à 2000 kilomètres par département, les frais à engager par kilomètre étant de l'ordre de 1.500.000 francs. Il s'agit de doter 60% de la population rurale répartie dans des hameaux et fermes isolés du courant lumière et du courant force, sachant que la dépense moyenne par habitant est d'environ 77.000 francs (par département : 1000 à 1500 postes de transformation, 1.700 à 3000 kms de lignes haute tension et 7.000 à 12.000 kms de lignes basse tension).

Remembrement : le rapport constate que le morcellement trop poussé des terrains se traduit par une diminution des rendements, une augmentation du prix de revient, une perte de terrains cultivables, une gêne pour les instruments de travail, d'où le besoin d'un regroupement parcellaire. "Il faut ouvrir les champs, faire disparaître plus de la moitié des talus, assurer quand même une production de bois équivalente en plantant les terres de faible rendement éloignées de la ferme, clore de ronces artificielles les pâturages et les pacages." L'augmentation des rendements constatée est de 14 à 20% pour une dépense de 5 à 6.000 francs par hectare. 

NOTE : A cette époque, le coût d'une automobile (traction avant de 11 CV ) est de 687.288 fr (incluant la taxe de 11.958 fr et la carte grise de 11.000 fr).  

Adduction d'eau :  En Bretagne, l'eau est présente partout mais nulle part abondante, ce qui a facilité l'installation des bâtiments de ferme au milieu des terres. Comme il est difficile d'amener l'eau partout via des canalisations, l'eau sous pression pourra être réalisée par l'exploitant dès que la ferme sera électrifiée.

Habitat rural : A l'exception de la ceinture dorée (les maisons y ont été aménagées et entretenues), dans toutes les autres régions les bâtiments d'exploitation sont presque restés dans leur état initial. Sur 250 000 que compte la Bretagne, 25% d'entre elles ont des bâtiments à peu près convenables. Pour les autres, l'aménagement des logements pour la famille de l'exploitant, des animaux, des cours... presque tout reste à faire. Quelques chiffres pour les Côtes-du-Nord : 20.000 maisons à construire, 30.000 maisons et 60.000 logements d'animaux à transformer profondément. Une place doit être affectée au hangar agricole nécessaire pour la mise à l'abri de l'outillage, le stockage des récoltes... Egalement, une place doit être prévue pour la plate-forme à fumier et la fosse à purin dont la dépense est amortie au maximum en 4 ans par la récupération de forte quantité de matières organiques fertilisantes, par l'assainissement de la cour et par la diminution des maladies du fait de la consommation d'une eau plus saine. Le coût de ces 2 équipements est de l'ordre de 200 à 300.00 fr.

Situation des exploitations dans les Côtes-du-Nord : 63% des exploitations ont moins de 10ha (28% de la surface totale), 26,2% entre 10 et 20ha (39 de la surface totale), 10,5% de 20 à 50ha (28,6% de la surface totale), enfin 0,3% plus de 50ha (4,2% de la surface totale)..

Situation des Terres dans les Côtes-du-Nord : Les terres labourables représentent 60,3% de la surface totale, les prairies 12,5%, les cultures diverses, maraîchères, florales et fruitières 1,5%, les bois et forêts 4%, les terres non cultivées 8% et les terres non agricoles 13,7%. Pour ce qui concerne plus spécifiquement les terres labourables, les céréales représentent 49,3%, les plantes sarclées 24,1%, les cultures diverses 1,4%, les cultures fourragères 19,8% et les jachères 5,4%.

Situation du cheptel vif (1950) : 66.000 chevaux de plus de 3 ans et 22.000 chevaux de moins de 3 ans ; 205.000 vaches, 10.000 boeufs, 152 élèves, 37.500 ovins, 63.500 porcs de plus de 6 mois et 174.000 de moins de 6 mois, 5.700 caprins.  

   

   

Améliorations des productions végétales

  

Sont préconisés :

- L'emploi intensif des amendements calcaires suivi d'une application rationnelle des engrais phosphatés d'abord, puis azotés et potassiques (les terres bretonnes sont acalciques et aphosphatées).

- L'intensification de la production fourragère par une augmentation des surfaces enherbées, en prairies naturelles.

-  L'amélioration des cultures de céréales : froment et céréales secondaires. Les agriculteurs bretons doivent accroître la culture de l'orge, de l'avoine et du maïs ce qui devrait permettre d'améliorer économiquement les conditions d'alimentation du bétail. Cela appelle une bonne préparation des terres, une utilisation de semences sélectionnées, une lutte contre les mauvaises herbes.

- L'aménagement de la production des plants de pommes de terre, la Bretagne étant la pépinière française produisant des plants de qualité.

- L'amélioration des productions fruitières : fruits à cidre, fruits de table. La Bretagne a une vocation nettement définie pour la production de fruits de qualité, fruits à pépins surtout et cerises.

- Intensification de la défense des cultures afin de les préserver des attaques des insectes, animaux nuisibles et maladies cryptogamiques.

 

   

Amélioration des production animales

 

Le rapport mentionne :

- Le choix des races bovines à exploiter en limitant leur nombre. Pour la viande, la chaîne du froid, des centres d'abatage perfectionnés doivent être installés pour permettre l'exportation de la viande en quartiers. 

- L'organisation de la sélection des reproducteurs par le contrôle des aptitudes.

- Le développement de l'insémination artificielle seule capable de provoquer rapidement une amélioration des rendements en lait et en viande.

- Le maintien et le développement de l'élevage porcin en substituant aux races locales plus ou moins disparates une race précoce type Large White. Il doit s'étendre pour atteindre le degré de perfectionnement de l'élevage au Danemark.

- L'élevage avicole fermier doit être encouragé, la vente des produits de basse-cour doit être organisée méthodiquement. La basse-cour doit, dans chaque ferme, permettre de faire face aux dépenses annuelles des ménages.

- La défense sanitaire du cheptel doit être organisée systématiquement.

- Le contrôle laitier permet de déceler les vaches meilleures transformatrices, le contrôle hygiénique du lait doit être prévu.

- L'industrie laitière (usines laitières coopératives ou industrielles) doit se substituer à la production domestique d'un beurre de qualité douteuse.  

- L'élevage du cheval breton, malgré la motorisation rapide des campagnes, doit demeurer une source de profit en Bretagne dans les secteurs traditionnellement voués à cette production. 

 

     

L'équipement intellectuel des agriculteurs bretons

   

La Bretagne n'est pas plus en retard que les autres provinces, mais les moyens mis en oeuvre sont très limités et insuffisants.

Par son étendue, la Bretagne est comparable aux petits pays comme le Danemark et la Hollande dans lesquels le progrès agricole a progressé à pas de géants depuis un demi-siècle. Quand on cherche à discerner les raisons de ce progrès, on trouve toujours la même origine : l'instruction professionnelle. Dans ces pays 96 à 98% des jeunes garçons et filles en bénéficient largement alors que le chiffre français est de l'ordre de 5%. Les jeunes apprennent à l'école les bienfaits de la mutualité, de la coopération, du crédit mutuel. Ces pays disposent d'un remarquable réseau de coopératives, de caisses d'assurance mutuelle et de crédit. De nombreux techniciens ont été formés et constituent les cadres indispensables à l'action en profondeur nécessaire pour conduire avec succès les exploitations.  

 

   

    

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L'agriculture bretonne en 2008 

    

La Bretagne est la première région agricole française.

L'agriculture y est intensive et fondée principalement sur les productions animales et les cultures légumières.

En 2005, la Bretagne assurait 58% de la viande de porc française, 44% des oeufs, 36% des volailles de chair et 21% du lait. Plus de 75% des choux-fleurs et des artichauts y sont cultivés, 30% des petits pois et des haricots verts et 20% des tomates.

En 2006, la surface agricole (cultures et prairies) occupait 65% du territoire breton. Elle ne cesse de diminuer. L'agriculture bretonne perd chaque jour 11 hectares au profit des routes et des lotissements. Les agriculteurs souhaitent être associés aux projets (concertation) de façon à ce qu'un juste équilibre soit trouvé.

La baisse du nombre d'exploitations est plus importante que dans le reste de la France : 40 000 fermes en 2005 soit 20% de moins qu'en 2000. La surface moyenne des exploitations est de 41 hectares alors que la moyenne nationale est de 50. Les fermes bretonnes occupent 67 000 actifs, dont 9 600 salariés. 

2500 postes de salariés sont à pouvoir chaque année dans le légume, l'horticulture-pépinière, l'élevage et le machinisme. Les enseignements agricoles (publics, privés) ne forment pas assez de professionnels du fait de l'absence de candidats.

   

       

     

   

   

Vers une nouvelle ruralité 

    

    

L'agriculture intensive a permis aux français de dépenser 2 fois moins aujourd'hui qu'en 1960 pour se nourrir.

Chacun sait pourtant que le monde agricole est perturbé, pour ne pas dire en crise, du fait du renchérissement du prix de l'énergie et de la mondialisation. La production ne suit plus, les prix augmentent.

    

Le consommateur est la clé de la solution des problèmes agricoles actuels. Beaucoup de productions ont intérêt à être effectuées au plus près des consommateurs car les coûts liés au transport augmentent sensiblement (flambée des cours du pétrole depuis 2007) et, d'autre part, l'adéquation aux goûts des consommateurs et la sécurité alimentaire prennent de l'importance. Une chance pour l'agriculture française et européenne.

L'économie de demain doit être pensée dès aujourd'hui (vaste chantier), et une des composantes de cette économie c'est l'agriculture. 

   

Une nouvelle France rurale se dessine qui est déconnectée de l'agriculture. L'agriculture n'est pas tout le rural, le ruralité c'est aussi un lieu de vie, un lieu de productions autres qu'agricoles (artisanat).  Même si l'augmentation des coûts de l'immobilier en ville constitue un argument de poids, le citadin vient aussi à la campagne pour le paysage, la nature et l'environnement. 

En effet, on peut constater une véritable engouement des citadins pour la vie à la campagne, le besoin de disposer d'un jardin (légumes, fruits), le besoin de se sentir plus indépendant, la passion du jardinage. Une évolution comprise par les professionnels : lors du Salon de l'agriculture 2006 des stands étaient consacrés au jardinage et à l'habitat rural.   

  Les agriculteurs l'ont bien compris. Le tourisme à la ferme se développe (campings, chambres d'hôtes) ; certains agriculteurs effectuent une vente directe de certaines productions.

   

Il s'agit ni plus ni moins qu'un retour à la paysannerie. Le mot "paysan" est à nouveau utilisé : tel syndicat s'appelle la Confédération paysanne, tel autre la Coordination rurale.

Comme au début du XXe siècle, posséder un lopin de terre clôturé devient un besoin. On assiste parfois à la renaissance des conflits de propriété. 

Une nouvelle économie se met en place, on joue au paysan et on n'hésite pas à partager certaines tâches entre agriculteurs et non agriculteurs. Les relations entre les nouvelles générations sont plus faciles, les divers comités des fêtes , les petits pardons bretons, la restauration du patrimoine sont autant d'occasions de se retrouver.

  

Un sentiment fort est partagé : la nature, le paysage, plus généralement l'espace rural constituent un bien commun. On l'oublie très souvent, cela correspond à une sensibilité particulière des français (la France rurale est éternelle).

Malgré les mutations profondes intervenues tout au long du XXème siècle, cette sensibilité à la paysannerie et au rural perdure. La politique ("Nous sommes tous des paysans au sens éthique du terme" disait un ancien Président de la République), le cinéma, la télévision, la littérature et  les romans régionaux en témoignent. Le besoin des citadins de tisser des liens avec leur histoire familiale et de la reconstruire est réel.

Il ne s'agit pourtant pas de magnifier le passé car même si le quotidien actuel est stressant, y chercher une refuge ne constitue pas une bonne solution. La nostalgie du passé s'explique cependant par le fait que les gens s'aimaient malgré des conditions difficiles de vie. 

   

Les français aiment leur campagne. L'histoire rurale et paysanne a marqué le paysage français. Les affiches électorales, la publicité montrent des paysages qui existent bel et bien : villages, vallons, troupeaux... sont réels. Il y a là une réalité, pas un mythe. 

Cet amour des français pour la France rurale et paysanne est un exemple unique en Europe. L'image de France vue par les français est aussi l'image vue par les étrangers.  

 

La culture paysanne qui a disparu dans les années 1950-60 ne pourra évidemment pas renaître. Par contre, cette culture doit être conservée dans notre mémoire commune. 

  

    

    

  

    Sources : La Bretagne au XXème siècle SKOL VREIZH Morlaix 1983.  L'Almanach 1955 du Paysan Breton Presses de l'Imprimerie Commerciale des Nouvelles de Rennes, Presse locale (Le Télégramme 17/2/08, 23/2/08). Site du Conseil général des Côtes d'Armor (www.cotesdarmor.fr)

   

   

 

    

     

   

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