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Révolution
technique et culturelle
(1946
à la fin des années 60)
Le
contexte de l'après-guerre est caractérisé par le souci de reconstruction
de l'économie et de la modernisation de l'appareil productif.
L'agriculture
apparaît aussi comme une activité à moderniser.
En
Bretagne, des mutations idéologiques profondes vont conduire à une remise en
cause progressive de l'économie paysanne traditionnelle.
On parle à
l'époque du "réveil des campagnes", de la nécessité de
"s'adapter à l'économie", "d'épouser son siècle"...
Dans une région où l'Eglise a gardé une influence importante dans la
société rurale, la J.A.C (Jeunesse Agricole Chrétienne) joue un rôle
central en remettant en cause certaines valeurs traditionnelles au profit du
progrès, de la compétence technique, de l'émancipation des jeunes... Par
ailleurs, le C.E.L.I.B contribue lui aussi à promouvoir une idéologie
moderniste dans l'agriculture, l'objectif étant de sortir la Bretagne
"de son sous-développement agricole".
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Infrastructures
De
grandes améliorations s'imposent.
La Bretagne occupe la dernière place en
France : en 1952, plus de 40% des ménages ruraux n'ont pas l'électricité,
l'électrification complète ne sera achevée qu'en 1960.
En
dehors de la lumière, l'électricité apporte de la puissance permettant en
particulier de développer l'eau courante. En effet, l'eau ne manque pas dans
les campagnes, les sources sont nombreuses. Les fermes s'équipent de pompes
électriques autonomes qui permettent de distribuer l'eau courante (besoins
domestiques, bêtes...). L'achat de moteurs autorise l'équipement en outils
annexes (écrémage, barattage, concassage, broyage...). La clôture
électrique fait son apparition, elle remplace le "paot saout".
Le développement de l'activité laitière s'accompagne de l'achat de
trayeuses électriques. L'économie locale profite de ce renouvellement
matériel : les revendeurs, les artisans...
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L'amélioration
des chemins ruraux (goudronnés) marque également cette époque d'après-guerre. Les
besoins de se déplacer dans un certain confort augmentent au fur et à mesure
du développement des nouveaux modes de travail et des échanges : tracteurs
avec outils et remorques, camions, automobiles ; sans oublier le cyclomoteur
à partir de 1955.
Le
remembrement est vu comme la solution au développement du machinisme
agricole, le tracteur devenant un outil économique en tant que tel, rien de
doit s'opposer à son passage et à celui des outils. Certaines régions sont
durement touchées. Entre 1955 et 1960 la surface remembrée sur l'ensemble des
5 départements bretons avoisine les 100.000 hectares, dont près de la
moitié dans le Morbihan. 10 ans plus tard, la surface est multipliée par
3... en 1990 elle atteint 1.442.000 hectares.
NOTE
: Malgré tout, contrairement à d'autres régions, le remembrement n'a jamais
connu de véritable engouement pour cette forme d'aménagement rural très
controversée. Depuis une vingtaine d'années, le remembrement a pratiquement
cessé dans le Finistère et considérablement diminué dans les autres
départements. Les intérêts économiques avancés par les pouvoirs publics
n'ont convaincu qu'une minorité d'agriculteurs personnellement intéressés
pour la plupart. Certains associations doutent des motivations réelles de
telles opérations qui s'avèrent parfois coûteuses. Dans les centres de
formation spécialisés, les élèves sont de plus en plus sensibilisés à ce
problème. L'association "A l'Ecole des talus" ("Skol ar C'hleuzioù"
de Pouldoran apporte également sa contribution en organisant des
chantiers bénévoles de construction de talus afin de favoriser
l'infiltration des eaux dans le sol et la rétention de la terre arable, en
réalisant des sorties pédagogiques bilingues. Les résultats sont là : à
Cavan dans les Côtes d'Armor, 13 kms sur les 48 disparus ont été créés
(voir aussi le site sosremembrement.com).
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Intensification
du système de polyculture-élevage
La
période d'après guerre voit l'arrivée de tracteurs développés dans le
cadre du Plan Marshall. Parallèlement, l'industrie européenne accroît ses
capacités.
C'est
à partir de 1955 que les exploitants commencent vraiment à acheter des
tracteurs. Les outils qui ont été développés dans le cadre de la traction
animale au début du XXe siècle (faucheuses, charrues...), puis
améliorés (râteaux-faneurs, moissonneuses-lieuses dans les années 30) sont
adaptés.
La
première préoccupation des exploitants concerne l'herbe : comment la cultiver ? En
produisant en quantité une herbe de bonne qualité, l'exploitant souhaite
disposer de bonnes vaches laitières, d'où le problème de la sélection ...
Ensuite vient la question des céréales...
Après
les tracteurs, les premières moissonneuses-batteuses font leur apparition
vers 1955.
La
diffusion des engrais intervient à partir de 1950 (l'utilisation des engrais
phosphatés date des années 20).
Si
les progrès en agronomie permettent l'augmentation des rendements
(céréales, fourrages, lait), ceux relatifs à la mécanique entraînent pour
leur part une amélioration des conditions de travail, un gain de temps ce qui
permet aux exploitants de se consacrer davantage aux productions animales. Ces
dernières étaient jusque là relativement négligées et souvent confiées
aux femmes. L'agriculture repose alors sur quelques productions clefs : lait,
pommes de terre et légumes, porc et, dans une moindre mesure, la viande
bovine.
Les
premières vaches frisonnes intègrent les cheptels. La collecte systématique
du lait dans les fermes se généralise à partir de 1960 et c'est à cette
époque que les trayeuses font leur apparition..
Dans
les années 50, les agriculteurs maîtrisent directement l'évolution des
techniques et en tirent profit hors de toute main-mise directe des industries
agroalimentaires (peu développées en dehors de firmes lointaines fournissant
engrais et machines).
L'investissement
n'est pas excessif, l'endettement ne l'est pas non plus et bon nombre
d'exploitants améliorent leurs revenus et leurs conditions de travail.
L'intensification
fourragère et animale est classique : elle ne remet pas en cause le système
polyculture-élevage ni les structures d'exploitation ; et est relativement
généralisée car les progrès agronomiques sont adoptés par presque
l'ensemble des exploitations (engrais, semences, insémination
artificielle...). Quelques tendances à l'intensification sont toutefois
perceptibles ponctuellement. Elles sont liées à la spéculation
(accumulation de capital) sur de meilleurs rapports (aviculture,
légumes).
La modernisation s'accompagne d'une diminution du nombre d'actifs, d'abord les
ouvriers agricoles puis les aides familiaux. En dix ans, le nombre d'actifs
diminue de 25 à 30%.
La
solidarité entre exploitants s'adapte elle aussi : certains grands travaux
demandent un regroupement des moyens (tracteurs et remorques en nombre
suffisant pour la moisson). Cependant, l'individualisation constitue une
tendance forte. Les repas pris en commun lors des grands travaux réunissent
de moins en moins de personnes.
Le
calcul économique fait son entrée dans les exploitations : rentabilité,
amortissement nécessité d'assurer des rentrées financières, productions
marchandes plus intensives, pratique de l'emprunt et de l'endettement...
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Economie, société
Le
commerce se densifie, l'épicerie se développe : pâtes, riz, fruits, viande
rouge... deviennent accessibles.
A
partir de 1955, l'équipement ménager suit naturellement la progression du
réseau électrique : gazinières (les premiers réchauds à gaz datent des
années 30), réfrigérateurs constituent les premiers achats. Les
ménages qui disposent de l'eau courante (au bourg, pompe autonome à la
campagne) peuvent
s'équiper d'une machine à laver. Les premiers postes de télévision
arrivent timidement à partir de 1958.
L'équipement
des ménages va se poursuivre de façon soutenue dans les années 1960. Le
commerce local en profite de même que l'artisanat. En 1970, la télévision,
le transistor qui va remplacer très le vieux poste à lampes, et dans une
moindre mesure l'électrophone (le Teppaz et les microsillons 33 puis 45 tours) occupent déjà une place non
négligeable dans l'équipement des ménages ruraux.
En
parallèle, avec un décalage temporel d'une dizaine d'années, le besoin
en confort amène les habitants à s'intéresser aux logements : rénovation des
maisons existantes, agrandissement des fenêtres, installation de salles
d'eau, de toilettes... Les exploitants les plus aisés construisent une maison
neuve à proximité immédiate de la ferme. Le style néo-breton fait son
apparition en périphérie des bourgs et dans les campagnes.
Le
développement du transport individuel (routes goudronnées, automobiles,
motocyclettes, mobylettes) modifie la vie dans les campagnes. Le nombre des
occasions de déplacement augmente.
Les
accouchements commencent à se faire plus systématiquement en maternité
(1955).
Les
premiers bals publics s'ouvrent dès 1950.
Les
noces se font de plus en plus souvent au restaurant (elles duraient 3 jours et
rassemblaient de 200à 700 personnes au début du XXème siècle).
Le
pourcentage d'élèves fréquentant l'école publique augmente. La
généralisation de l'entrée en 6ème intervient au début des années 1960.
Autre
fait, cette fois politique, le pourcentage des voix de gauche augmente
régulièrement lors des
élections.
La
pratique religieuse dominicale va se réduire avec le temps, elle passe de
plus de 90% en 1950 à un chiffre autour de 75% au milieu des années
60.
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Dévalorisation
culturelle de la société paysanne
La
pénétration de l'idéologie moderniste et la valorisation du progrès
technique aboutissent à la dévalorisation de la culture paysanne.
La
scolarisation est poussée, la langue bretonne est abandonnée, les objets de
la culture urbaine et française sont adoptés. Dans les maisons, le formica remplace le meuble
breton.
Le port du costume et celui de la coiffe régressent significativement. Seules
les cérémonies résistent encore un certain temps, notamment les pardons
annuels consacrés aux saints locaux.
L'artisanat
rural décline et certains métiers se raréfient (maréchal-ferrant) voire
disparaissent (charrons, meuniers..).
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Evolution
de l'économie paysanne (années 60)
A
la suite des progrès techniques des années 50, des problèmes économiques
nouveaux émergent.
De
nombreux agriculteurs se heurtent à l'exiguïté de leurs exploitation et
souhaitent accéder à des surfaces plus rentables.
Les
formules traditionnelles de mise en marché sont incapables de faire face à
l'augmentation des productions et aux exigences de rationalisation
commerciale.
Ce
dernier aspect est particulièrement mis en évidence dans la région de
Saint-Pol-de-Léon où les producteurs de légumes remettent en cause le
marché traditionnel en 1957 jugé archaïque.
Plusieurs
années de manifestations et d'actions vont suivre (occupation de la
sous-préfecture de Morlaix, vente directe d'artichauts, barrages,
manifestations à Paris). De Juin à Août 1961 les manifestations parties de
la zone légumière du Léon s'étendent à la Bretagne (11-22 Juin) puis à
toute la France (26-29 Juin).
Les
producteurs imposent à l'ensemble des négociants-expéditeurs la formule de
la vente publique aux enchères, le marché au cadran, à partir de 1962.
L'avènement
de la Vème République en 1958, la convergence entre les revendications des
exploitants (notamment les jeunes) et la volonté du pouvoir de restructurer
l'économie française se concrétise par l'adoption des lois agricoles de
1960 (M. Debré) et de 1962 (M. Pisani).
Dans
le même temps (janvier 1958), la CEE se met en place.
Un
courant moderniste issu de la J.A.C donne naissance à un nouveau syndicat, le
C.N.J.A (Centre National des Jeunes Agriculteurs) qui conteste les positions
jugées conservatrices de la F.N.S.E.A.
Les
lois agricoles marquent profondément l'agriculture bretonne.
La
mise en place d'une nouvelle génération d'agriculteurs est clairement
visée, les agriculteurs "excédentaires" devant se retirer peu à
peu. L'I.V.D (Indemnité Viagère de Départ) est mise en place de façon à
accélérer les départs à la retraite (et libérer des terres pour ceux qui
restent). La S.M.I (Surface Minimum d'Installation, 15,4 Ha en Bretagne)
empêche la reprise d'exploitation jugées non rentables. La SBAFER (Société
Bretonne d'Aménagement Foncier et d'Etablissement Rural) rationalise le
marché foncier (achat de parcelles avec éventuellement préemption
pour ensuite les rétrocéder). Les Groupements de producteurs contribuent à
moderniser le marché.
Des
mutations sans précédent interviennent au niveau des productions.
La
première est le développement des productions animales "Hors Sol" i.e.
extérieures au système de polyculture-élevage. En effet, la seule
utilisation des ressources végétales de l'exploitation ne permet plus
d'augmenter les productions laitières et bovines.
Ce
nouveau type de production est directement lié, pour l'alimentation, au
secteur industriel. Il s'agit d'une véritable industrialisation qui prend la
forme d'ateliers intensifs (en fait, cette évolution a démarré dès 1955
pour le secteur avicole).
A
partir de 1960, surtout après 1965, le secteur porcin passe de l'élevage
artisanal au système industriel. L'alimentation classique : pommes de
terre, betteraves, céréales, est abandonné au profit d'un approvisionnement
généralement extérieur produit par des usines d'aliment pour bétail.
Cette évolution est poussée par les fabricants d'aliments, les locaux tout
d'abord puis des firmes extérieures.
La
seconde est le rôle moteur joué par les industries agroalimentaires. Le
capital privé local et régional se développe (opportunités nouvelles de
croissance). Deux branches principales de l'industrie de l'alimentation
animale et de l'industrie laitière se distinguent : les firmes
multinationales pour la fabrication des aliments, les firmes françaises dans
le domaine laitier.
Une
conséquence directe est l'intégration de l'élevage hors sol, notamment
avicole, dans un système où l'exploitation agricole n'est plus qu'un maillon
dans la chaîne agroalimentaire. La réaction des producteurs consiste alors
à s'organiser autour de coopératives.
A
l'issue des années 60, la société rurale est complètement transformée.
L'économie
paysanne a été dissoute (désintégration du système polyculture-élevage
fondé sur l'autonomie et une logique interne) et remplacée par un système
industriel fondée sur une logique de croissance intégrant des pôles
extérieurs et des réseaux de dépendance.
L'encadrement
social se laïcise : la présence de l'Eglise (cérémonies religieuses,
écoles, patronages...) diminue et s'efface devant un encadrement de
techniciens, conseillers, fonctionnaires... Le succès économique et la
réussite individuelle constituent désormais un objectif principal. Une
nouvelle élite agricole, considérée par le pouvoir politique comme un
partenaire nécessaire, supplante la bourgeoisie rurale traditionnelle
(propriétaires fonciers, commerçants, négociants ruraux).
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L'almanach
1955 du paysan breton
L'almanach
s'adresse aux foyers paysans en apportant des distractions, des conseils
et des enseignements.
Il
contient des articles sur l'élevage, l'insémination artificielle, la
production et ses débouchés, la coopération, la mutualité et la
législation sociale. Il comporte une étude complète des impôts
agricoles.
Il
offre aux ménagères et aux jeunes filles des recettes de cuisine et
des modèles de tricot ; aux enfants, des jeux et des histoires pour
rire...
L'almanach
comporte de la publicité révélatrice des enjeux et préoccupations
des années 50.
Enfin,
il donne le calendrier des foires : à Plestin-les-Grèves, elles se tiennent
le 3ème mercredi de Mai, le 1er mercredi de février, octobre et juillet ; le
12 novembre et le 29 décembre.
L'amélioration
des conditions de la vie rurale en Bretagne.
L'almanach
fournit de larges extraits du rapport présenté au Comité d'Etudes et
de Liaison des Intérêts Bretons (CELIB) par M. Riffaut Directeur de l'Ecole
Nationale d'Agriculture de Rennes.
NOTE
: la Loire-Inférieure fait partie de la Bretagne.
Vie
rurale et structures agraires :
la voirie rurale et l'électrification constituent les point forts des
actions à mener, des moyens considérables devant y être consacrés :
1500 à 2000 kilomètres par département, les frais à engager par
kilomètre étant de l'ordre de 1.500.000 francs. Il s'agit de doter 60%
de la population rurale répartie dans des hameaux et fermes isolés du
courant lumière et du courant force, sachant que la dépense moyenne
par habitant est d'environ 77.000 francs (par département : 1000 à
1500 postes de transformation, 1.700 à 3000 kms de lignes haute tension
et 7.000 à 12.000 kms de lignes basse tension).
Remembrement
: le
rapport constate que le morcellement trop poussé des terrains se
traduit par une diminution des rendements, une augmentation du prix de
revient, une perte de terrains cultivables, une gêne pour les
instruments de travail, d'où le besoin d'un regroupement parcellaire. "Il
faut ouvrir les champs, faire disparaître plus de la moitié des
talus, assurer quand même une production de bois équivalente en
plantant les terres de faible rendement éloignées de la ferme, clore
de ronces artificielles les pâturages et les pacages." L'augmentation
des rendements constatée est de 14 à 20% pour une dépense de 5 à
6.000 francs par hectare.
NOTE
: A cette époque, le coût d'une automobile (traction avant de 11 CV )
est de 687.288 fr (incluant la taxe de 11.958 fr et la carte grise de
11.000 fr).
Adduction
d'eau : En Bretagne, l'eau est présente partout mais nulle
part abondante, ce qui a facilité l'installation des bâtiments de
ferme au milieu des terres. Comme il est difficile d'amener l'eau
partout via des canalisations, l'eau sous pression pourra être
réalisée par l'exploitant dès que la ferme sera électrifiée.
Habitat
rural : A l'exception de la ceinture dorée (les maisons y ont été
aménagées et entretenues), dans toutes les autres régions les
bâtiments d'exploitation sont presque restés dans leur état initial.
Sur 250 000 que compte la Bretagne, 25% d'entre elles ont des bâtiments
à peu près convenables. Pour les autres, l'aménagement des logements
pour la famille de l'exploitant, des animaux, des cours... presque tout
reste à faire. Quelques chiffres pour les Côtes-du-Nord : 20.000
maisons à construire, 30.000 maisons et 60.000 logements d'animaux à
transformer profondément. Une place doit être affectée au hangar
agricole nécessaire pour la mise à l'abri de l'outillage, le stockage
des récoltes... Egalement, une place doit être prévue pour la
plate-forme à fumier et la fosse à purin dont la dépense est amortie
au maximum en 4 ans par la récupération de forte quantité de
matières organiques fertilisantes, par l'assainissement de la cour et
par la diminution des maladies du fait de la consommation d'une eau plus
saine. Le coût de ces 2 équipements est de l'ordre de 200 à 300.00
fr.
Situation
des exploitations dans les Côtes-du-Nord :
63% des exploitations ont moins de 10ha (28% de la surface totale),
26,2% entre 10 et 20ha (39 de la surface totale), 10,5% de 20 à 50ha
(28,6% de la surface totale), enfin 0,3% plus de 50ha (4,2% de la
surface totale)..
Situation
des Terres dans les Côtes-du-Nord : Les terres labourables
représentent 60,3% de la surface totale, les prairies 12,5%, les
cultures diverses, maraîchères, florales et fruitières 1,5%, les bois
et forêts 4%, les terres non cultivées 8% et les terres non agricoles
13,7%. Pour ce qui concerne plus spécifiquement les terres labourables,
les céréales représentent 49,3%, les plantes sarclées 24,1%, les
cultures diverses 1,4%, les cultures fourragères 19,8% et les jachères
5,4%.
Situation
du cheptel vif (1950) : 66.000 chevaux de plus de 3 ans et 22.000
chevaux de moins de 3 ans ; 205.000 vaches, 10.000 boeufs, 152 élèves,
37.500 ovins, 63.500 porcs de plus de 6 mois et 174.000 de moins de 6
mois, 5.700 caprins.
Améliorations
des productions végétales
Sont
préconisés :
-
L'emploi intensif des amendements calcaires suivi d'une application
rationnelle des engrais phosphatés d'abord, puis azotés et potassiques (les
terres bretonnes sont acalciques et aphosphatées).
-
L'intensification de la production fourragère par une augmentation des
surfaces enherbées, en prairies naturelles.
-
L'amélioration des cultures de céréales : froment et céréales
secondaires. Les agriculteurs bretons doivent accroître la culture de l'orge,
de l'avoine et du maïs ce qui devrait permettre d'améliorer économiquement
les conditions d'alimentation du bétail. Cela appelle une bonne préparation
des terres, une utilisation de semences sélectionnées, une lutte contre les
mauvaises herbes.
-
L'aménagement de la production des plants de pommes de terre, la Bretagne
étant la pépinière française produisant des plants de qualité.
-
L'amélioration des productions fruitières : fruits à cidre, fruits de
table. La Bretagne a une vocation nettement définie pour la production de
fruits de qualité, fruits à pépins surtout et cerises.
-
Intensification de la défense des cultures afin de les préserver des
attaques des insectes, animaux nuisibles et maladies cryptogamiques.
Amélioration
des production animales
Le
rapport mentionne :
-
Le choix des races bovines à exploiter en limitant leur nombre. Pour la
viande, la chaîne du froid, des centres d'abatage perfectionnés doivent
être installés pour permettre l'exportation de la viande en quartiers.
-
L'organisation de la sélection des reproducteurs par le contrôle des
aptitudes.
-
Le développement de l'insémination artificielle seule capable de provoquer
rapidement une amélioration des rendements en lait et en viande.
-
Le maintien et le développement de l'élevage porcin en substituant aux races
locales plus ou moins disparates une race précoce type Large White. Il doit
s'étendre pour atteindre le degré de perfectionnement de l'élevage au
Danemark.
-
L'élevage avicole fermier doit être encouragé, la vente des produits de
basse-cour doit être organisée méthodiquement. La basse-cour doit, dans
chaque ferme, permettre de faire face aux dépenses annuelles des ménages.
-
La défense sanitaire du cheptel doit être organisée systématiquement.
-
Le contrôle laitier permet de déceler les vaches meilleures
transformatrices, le contrôle hygiénique du lait doit être prévu.
-
L'industrie laitière (usines laitières coopératives ou industrielles) doit
se substituer à la production domestique d'un beurre de qualité
douteuse.
-
L'élevage du cheval breton, malgré la motorisation rapide des campagnes,
doit demeurer une source de profit en Bretagne dans les secteurs
traditionnellement voués à cette production.
L'équipement
intellectuel des agriculteurs bretons
La
Bretagne n'est pas plus en retard que les autres provinces, mais les moyens
mis en oeuvre sont très limités et insuffisants.
Par
son étendue, la Bretagne est comparable aux petits pays comme le Danemark et
la Hollande dans lesquels le progrès agricole a progressé à pas de géants
depuis un demi-siècle. Quand on cherche à discerner les raisons de ce
progrès, on trouve toujours la même origine : l'instruction professionnelle.
Dans ces pays 96 à 98% des jeunes garçons et filles en bénéficient
largement alors que le chiffre français est de l'ordre de 5%. Les jeunes
apprennent à l'école les bienfaits de la mutualité, de la coopération, du
crédit mutuel. Ces pays disposent d'un remarquable réseau de coopératives,
de caisses d'assurance mutuelle et de crédit. De nombreux techniciens ont
été formés et constituent les cadres indispensables à l'action en
profondeur nécessaire pour conduire avec succès les
exploitations.
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L'agriculture
bretonne en 2008
La
Bretagne est la première région agricole française.
L'agriculture
y est intensive et fondée principalement sur les productions animales
et les cultures légumières.
En
2005, la Bretagne assurait 58% de la viande de porc française, 44% des
oeufs, 36% des volailles de chair et 21% du lait. Plus de 75% des
choux-fleurs et des artichauts y sont cultivés, 30% des petits pois et
des haricots verts et 20% des tomates.
En
2006, la surface agricole (cultures et prairies) occupait 65% du
territoire breton. Elle ne cesse de diminuer. L'agriculture bretonne
perd chaque jour 11 hectares au profit des routes et des lotissements.
Les agriculteurs souhaitent être associés aux projets (concertation)
de façon à ce qu'un juste équilibre soit trouvé.
La
baisse du nombre d'exploitations est plus importante que dans le reste
de la France : 40 000 fermes en 2005 soit 20% de moins qu'en 2000. La
surface moyenne des exploitations est de 41 hectares alors que la
moyenne nationale est de 50. Les fermes bretonnes occupent 67 000
actifs, dont 9 600 salariés.
2500
postes de salariés sont à pouvoir chaque année dans le légume, l'horticulture-pépinière,
l'élevage et le machinisme. Les enseignements agricoles (publics,
privés) ne forment pas assez de professionnels du fait de l'absence de
candidats.
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Vers
une nouvelle ruralité
L'agriculture
intensive a permis aux français de dépenser 2 fois moins aujourd'hui
qu'en 1960 pour se nourrir.
Chacun
sait pourtant que le monde agricole est perturbé, pour ne pas dire en crise,
du fait du renchérissement du prix de l'énergie et de la mondialisation. La
production ne suit plus, les prix augmentent.
Le
consommateur est la clé de la solution des problèmes agricoles actuels.
Beaucoup de productions ont intérêt à être effectuées au plus près des
consommateurs car les coûts liés au transport augmentent sensiblement
(flambée des cours du pétrole depuis 2007) et, d'autre part, l'adéquation
aux goûts des consommateurs et la sécurité alimentaire prennent de
l'importance. Une chance pour l'agriculture française et européenne.
L'économie
de demain doit être pensée dès aujourd'hui (vaste chantier), et une
des composantes de cette économie c'est l'agriculture.
Une
nouvelle France rurale se dessine qui est déconnectée de l'agriculture.
L'agriculture n'est pas tout le rural, le ruralité c'est aussi un lieu de
vie, un lieu de productions autres qu'agricoles (artisanat). Même si
l'augmentation des coûts de l'immobilier en ville constitue un argument de
poids, le citadin vient aussi à la campagne pour le paysage, la nature et
l'environnement.
En
effet, on peut constater une véritable engouement des citadins pour la vie à
la campagne, le besoin de disposer d'un jardin (légumes, fruits), le besoin
de se sentir plus indépendant, la passion du jardinage. Une évolution
comprise par les professionnels : lors du Salon de l'agriculture 2006 des
stands étaient consacrés au jardinage et à l'habitat
rural.
Les agriculteurs l'ont bien compris. Le tourisme à la ferme se développe
(campings, chambres d'hôtes) ; certains agriculteurs effectuent une vente
directe de certaines productions.
Il
s'agit ni plus ni moins qu'un retour à la paysannerie. Le mot
"paysan" est à nouveau utilisé : tel syndicat s'appelle la
Confédération paysanne, tel autre la Coordination rurale.
Comme
au début du XXe siècle, posséder un lopin de terre clôturé devient un
besoin. On assiste parfois à la renaissance des conflits de
propriété.
Une
nouvelle économie se met en place, on joue au paysan et on n'hésite pas à
partager certaines tâches entre agriculteurs et non agriculteurs. Les
relations entre les nouvelles générations sont plus faciles, les divers
comités des fêtes , les petits pardons bretons, la restauration du
patrimoine sont autant d'occasions de se retrouver.
Un
sentiment fort est partagé : la nature, le paysage, plus généralement
l'espace rural constituent un bien commun. On l'oublie très souvent, cela
correspond à une sensibilité particulière des français (la France rurale
est éternelle).
Malgré
les mutations profondes intervenues tout au long du XXème siècle, cette
sensibilité à la paysannerie et au rural perdure. La politique ("Nous
sommes tous des paysans au sens éthique du terme" disait un ancien
Président de la République), le cinéma, la télévision, la littérature
et les romans régionaux en témoignent. Le besoin des citadins de
tisser des liens avec leur histoire familiale et de la reconstruire est réel.
Il
ne s'agit pourtant pas de magnifier le passé car même si le quotidien actuel
est stressant, y chercher une refuge ne constitue pas une bonne solution. La
nostalgie du passé s'explique cependant par le fait que les gens s'aimaient
malgré des conditions difficiles de vie.
Les
français aiment leur campagne. L'histoire rurale et paysanne a marqué le
paysage français. Les affiches électorales, la publicité montrent des
paysages qui existent bel et bien : villages, vallons, troupeaux... sont
réels. Il y a là une réalité, pas un mythe.
Cet
amour des français pour la France rurale et paysanne est un exemple unique en
Europe. L'image de France vue par les français est aussi l'image vue par les
étrangers.
La
culture paysanne qui a disparu dans les années 1950-60 ne pourra évidemment
pas renaître. Par contre, cette culture doit être conservée dans notre
mémoire commune.
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Sources
: La Bretagne au XXème siècle SKOL VREIZH Morlaix 1983. L'Almanach
1955 du Paysan Breton Presses de l'Imprimerie Commerciale des Nouvelles de
Rennes, Presse locale (Le Télégramme 17/2/08, 23/2/08). Site du Conseil
général des Côtes d'Armor (www.cotesdarmor.fr)
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